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Au Spiritain Riant

Prêt pour le grand saut ?

20 Mars 2017 , Rédigé par Joël THELLIER Publié dans #Les invités

Nous avons commencé le carême depuis plus de deux semaines, et il est important de comprendre le pourquoi de ce temps. Notre ami Joël nous propose une lecture intéressante qui remet le carême en perspective. Je lui laisse la parole.

Quand on dépasse les bornes, il n’y a plus de limites !

J’ai souvent entendu ma mère employer cette expression. Elle voulait me mettre en garde dans des situations où tout aurait pu déraper. Un rappel à la règle efficace, une manière de poser des frontières immatérielles entre le permis et l’interdit, entre le bien et le mal, le moral et l’immoral… Lorsque nous employons cette expression, c’est parce que nous glissons vers les ténèbres.

Je pense à la légèreté de certains de nos politiques avec l’argent public ou la morale. Et lorsque l’on est passé de l’autre côté, il n’y a plus de signaux indicateurs pour aider à retrouver le « droit chemin » (ou le chemin du droit). Et plus l’on s’enfonce dans l’obscurité, plus la lumière est difficile à retrouver.

Il en est parfois de même avec les enfants qui s’enfonce dans un mensonge, comme coincé, et qui cherche un nouveau mensonge pour expliquer le premier… Et les voilà embarqués sur une mer démontée qui les emmènent loin du rivage.

A l’inverse, lorsque j’emploie cette expression pour l’action de Dieu dans nos vies, ce sont les bornes de l’Amour qu’il dépasse. Et cela change tout ! Il n’y a alors plus de limites à l’Amour ou plus exactement l’amour de Dieu pour les Hommes et au-delà de tout. Comme rien ne vaut l’exemple, allons donc voir comment Dieu nous propose cet immense Amour tout au long de l’histoire.

Commençons par le début, rien de bien original en cela, et même le début du début. Dans un trop plein d’Amour, Dieu donne la vie à l’Homme. Il lui offre comme terrain de jeu un monde imaginé pour lui. Il se confronte au Mal, se laisse séduire (dans le mauvais sens du terme) et tombe pour la première fois (il y en aura bien d’autres). Dieu s’abaisse et vient le rechercher au plus profond du doute et de la honte. Il se sent nu sans cet Amour qu’il a abandonné pour d’autres séductions. Première condamnation aimante de Dieu, l’Homme reçoit de Dieu une nouvelle chance dans un monde certes plus difficile où il pourra néanmoins exercer pleinement sa liberté sous le regard bienveillant d’un Dieu qui se laissera toujours trouver par qui le cherche. C’est dans son quotidien que l’Homme cherchera Dieu, Libermann parlera d’union pratique (mais c’est une autre histoire).

Je passe sur le déluge (promis, nous y reviendrons), le premier meurtre fratricide et, après de nombreux rebondissement, voilà le peuple élu en esclavage (En Egypte pour les passionnés de géographie). Dieu va choisir un Homme, lui bâtir un destin, et par Amour pour son peuple, va lui demander de guider celui-ci vers la liberté. Moïse, pénétré de l’Amour divin, repousse les limites du possible en ouvrant la mer. L’image est belle, fantastique et pleine de sens. Au-delà du possible humain, Dieu ouvre un chemin, un passage. Le peuple voyage de l’impossible pour l’Homme au possible de Dieu. Une frontière se brise pour que l’Homme retrouve, plus qu’une terre, une dignité. L’Amour de Dieu est plus grand que la politique (L’Egypte, l’esclavage), plus large que la géographie (le passage de la mer rouge) et que le doute qui habite le cœur de l’Homme (Dieu nous a abandonné). Un signe qui en annonce d’autres bien plus prodigieux.

Et des Hommes (Patriarches ou prophètes), Dieu va en envoyer bien d’autres pour tracer le chemin qu’il nous propose. Et Dieu repoussera à chaque fois les limites du pardon et de la miséricorde pour l’Homme. Un peu comme s’il voulait doucement le préparer au dépassement ultime. Soucieux sans doute de ne pas noyer l’Homme dans un déluge d’Amour ! (Deuxième allusion au déluge, patience) Dieu choisit la patience aimante. Un peu comme un peintre, qui, retouche après retouche, esquisse son chef d’œuvre !

Et voilà que Dieu fait exploser une frontière théologique et spirituelle, ce n’est plus un Homme qu’il envoie, mais son propre Fils. Grâce au « oui » de Marie (et de Joseph), la borne frontière explose sous le déluge d’Amour. Dieu nous offre son Fils dans le plus grand dénuement, pauvre parmi les pauvres, petit parmi les petits : L’immensité de l’Amour, dans le sourire d’un nouveau-né. Cette révolution amoureuse ouvre une perspective bien plus grande : après la terre promise, c’est le cœur de Dieu dans son immensité qui s’ouvre publiquement au monde. Le cœur de Dieu devient ainsi le Royaume que Jésus nous offre. Voilà que Jésus chemine parmi nous et nous donne les clefs de l’Amour infini de Dieu. Tout un trousseau prémices d’un nouvel avenir. En accomplissant sa promesse, Dieu, en Jésus, nous propose un royaume sans bornes ni frontières.

Déroutant : dans un monde aux dimensions de son Amour, Dieu nous propose Jésus comme GPS ! Il va même plus loin puisque Jésus est en même temps chemin, boussole et destination finale (Je suis le chemin, la vérité et la vie). Mais face à tant et tant d’Amour, l’Homme tâtonne encore, hésite… toujours tenaillé par la peur et la facilité du péché.

Alors, il faut encore repousser les limites. Jésus choisit de se faire serviteur. Il lave les pieds de ses disciples et nous donne l’Eucharistie comme l’un des sacrements de l’Amour divin. L’abaissement de Jésus est une explosion d’amour et elle permet à l’Homme de prendre doucement la mesure de celui-ci. L’Homme prend pied de ce royaume qui transpire de l’Amour de Dieu.

Tout est dit ? Non !

Il reste une dernière frontière à mettre par terre. Après avoir guéri des malades, ramené Lazare à la vie, Jésus fait imploser l’inimaginable : la mort. Par sa Résurrection, Jésus efface la dernière frontière humaine. Il a détruit la racine du mal. C’est un retournement complet, tout est sans dessus dessous ! Il n’y a plus aucune limite à l’Amour de Dieu pour les Hommes, il a tout donné, il s’est donné. Et pour que ce don total porte du fruit, Dieu l’arrose de feu et de l’eau de son Esprit. La coupe est plus que pleine, elle déborde d’Amour. Elle est désormais à la portée de chacun de nous à tout instant. Dieu se propose et se proposera inlassablement à l’Homme toujours et partout. Je dis bien proposé, car il n’a en rien supprimé la liberté de l’Homme, au contraire, il lui a donné une valeur inestimable et inépuisable. C’est peut-être cela le plus beau des miracles : notre liberté. Nous sommes ses fils bien aimé si nous le choisissons comme GPS ! Vraiment, il n’y a pas de limites à cet Amour ! Ce Royaume est un cadeau, pas une prison, pas un esclavage (comme en Egypte). C’est à nous de nous jeter dans le bras de ce père aimant. Alors, prêt pour le grand saut ?


Joël THELLIER

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