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Au Spiritain Riant

Savoir réagir raisonnablement

9 Avril 2016 , Rédigé par Joël THELLIER Publié dans #Les invités

Savoir réagir raisonnablement

Après la déferlante médiatique suite aux attentats de Bruxelles, après avoir examiné la réaction de l'occidental moyen, je me suis dit qu'il était temps de réagir de manière plus posée. C'est pourquoi j'ai demandé à Joël Thellier, que vous connaissez maintenant, d'écrire un article concernant la surmédiatisation et la conscience chrétienne vis-à-vis des événements du monde. Je lui laisse la parole.

Prendre de la distance face aux événements, prendre le temps de la relecture, deux valeurs chrétiennes à cultiver au quotidien.

Rester au service de la Bonne Nouvelle !

Avec l’augmentation, certains diront prolifération, des chaines d’infos instantanées dans les médias classiques et aujourd’hui sur le net mais aussi notre « besoin » d’être toujours connectés, nous sommes plongés en temps réel dans le quotidien souvent douloureux de toute l’humanité. Il nous faut alors faire preuve d’une empathie parfois forcée pour éviter de tomber dans une confusion de sentiments, qui pourrait parfois ressembler au tohu-bohu d’avant la Création et l’ordonnancement du monde par Dieu.
Trop souvent, nous confondons l’empathie avec une contagion émotionnelle qui ne nous permet pas de prendre le recul nécessaire avec les événements et surtout les personnes concernées. L’empathie se résume alors dans cette expression : « se mettre à la place de » et ce n’en est pas la définition. Ce sont les médias qui nous invitent à comprendre l’empathie de cette manière en nous plongeant au cœur de l’actualité. Il nous est alors difficile de prendre le recul nécessaire à l’empathie puisqu’ils nous font vivre et revivre la douleur des victimes avec de nombreuses éditions spéciales, duplex, triplex ou reportages « extraordinaire au plus proche de l’infos en direct. » Et voilà que le spécial et l’extraordinaire devient notre ordinaire et nous oblige à cheminer, dans une proximité douloureuse et gênante, avec des inconnus plongés dans des situations complexes souvent mortifères.

L’art de prendre de la hauteur face aux événements.

Imaginons qu’après la résurrection, Jésus ne soit pas apparu aux disciples d’Emmaüs, mais à des jeunes d’une île perdue du pacifique sans aucune idée des événements de Jérusalem, des prophéties de l’Ancien Testament, du procès et de la crucifixion de Jésus. L’empathie nécessaire à une attitude de foi aurait laissé place à une éventuelle sympathie d’idée, un sentiment d’injustice voire de rébellion. Qu’aurait donné la présence des disciples armés de smartphone à la sortie du tombeau, relayant sur les réseaux sociaux le message de l’ange ? Nous n’en savons rien, certes, mais qu’en serait-il resté ? Vous l’avez compris, une information instantanée et immergeante ne nous permet pas de prendre le recul nécessaire face aux images qui inondent nos réseaux. Au risque de passer pour un vieux ringard, j’ai une certaine nostalgie d’une époque où il fallait attendre le journal télévisé du soir ou l’édition des quotidiens papiers du matin pour découvrir des événements partiellement décodés ou tout au moins relayés avec un minimum d’explications et de pédagogie. Il y avait dans cette attente vertueuse une temporisation bénéfique au décentrage événementiel. Car l’effet premier de cette surmédiatisation est de nous plonger au centre d’un événement qui nous est bien souvent extérieur. Cela ne veut pas dire qu’il faut nous désintéresser du monde, bien au contraire, mais nous devons le faire en restant à notre place. C’est en étant à notre place que nous pouvons être pleinement nous-même et donc efficace.

Une conscience aiguisée.

Notre regard sur l’actualité ne doit pas uniquement se nourrir de ressenti, de sentiments ou d’impressions furtives. Nous devons aiguiser notre conscience pour réagir en humain responsable. Nous devons être capable de dépasser les sentiments qui légitimement nous envahissent ou nous téléguident pour construire notre réponse à l’événement. Une fois notre « réponse », notre opinion construite, nous pouvons alors la confronter à celle des autres. Il est toujours positif de prendre du temps en groupe pour échanger et affiner nos positions ou nos réactions. Cela peut éviter certains extrémismes fâcheux. J’aime imaginer les apôtres discutant ensemble devant le feu de bois sur l’une ou l’autre parabole…. Ou essayant de comprendre le pourquoi et le comment des miracles…. Tout a pris sens bien plus tard à la lumière de Pâques. Nous pouvons aussi prendre exemple sur Marie qui « méditait tout cela en son cœur. »

Une parole méditée.

Prendre le temps face aux événements, prendre du recul, réfléchir au vécu du groupe et ensuite proposer aux autres son interprétation des événements, voilà la méthode utilisée par les différents rédacteurs des livres de la Bible. Est-ce un hasard ? Je ne le crois pas. Cette méthode permet de mûrir le message. Elle donne aussi plus de force à la parole posée ou proposée. Ainsi, le message a plus de chance de perdurer dans le temps. Il viendra s’enraciner au cœur de l’histoire, quand les éditions spéciales et les flashs auront disparus dans l’oubli, remplacés par le suivant et ainsi de suite.

Être le premier !

Aujourd’hui, il faut être le premier à sortir une info, le premier à être sur l’actualité au risque de faire d’énormes raccourcis ou approximations. Peu importe, il faut accrocher et relancer l’auditeur, faire du chiffre d’écoute, au risque de n’avoir rien de neuf à dire. Mais, être le premier sur l’actu n’est pas forcément un gage de profondeur de réflexion et de sérieux. Regarder Jésus, répondant à la foule lors de l’épisode de la femme adultère : il parle peu, il est silencieux, il attend l’instant propice pour parler. D’ailleurs la foule « bruyante et parlante » du début est déjà ailleurs quand Jésus nous propose une parole de vie qui va remettre cette femme debout. Peu de paroles, mais des paroles réfléchies et performantes qui parlent au cœur et à l’intelligence.
Dans ce tohu-bohu médiatique, sachons prendre le recul nécessaire à une attitude chrétienne face aux événements. C’est ainsi que nous proposerons une parole audible par tous et pour tous. N’oublions jamais que notre Évangile est une bonne nouvelle à partager avec le plus grand nombre dans l’extraordinaire ordinaire de nos vies.

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